Témoignage : homo dans une petite ville de province
Annecy, préfecture de la Haute-Savoie, est une destination assez prisée parmi les couples homosexuels, tant pour le lac pur que pour la qualité de vie qui y règne. Pourtant, selon mon expérience personnelle, l'affirmation d'une orientation sexuelle particulière n'y est pas des plus faciles. Bien au contraire.
Il existe dans ces villes moyennes de province une forte tendance à l'hypocrisie. Les bars dits « gay-friendly » ne manquent pas, pour le grand plaisir d'une clientèle en manque d'urbanité. On pense y trouver une grande tendance culturelle, et toutefois je n'ai jamais entendu parler de conférences, ou encore d'associations (cependant il parait qu'il y en a deux !), ou autre projection évoquant l'homosexualité.
Finalement le seul vecteur d'aide aux jeunes en quête d'identité serait les cours d'éducation sexuelle au collège ! Si je me souviens bien, on nous y montrait un dessin animé mettant en scène des ours : un futur papa ours et sa compagne ours nous montrait la voie à suivre afin de produire des petits et beaux oursons... dans le plus grand respect des moeurs s'il vous plait ! Alors parfois je me questionnait sur le beau-frère de papa ours : allait-il au Queen le dimanche soir ? Mais on ne sut jamais la réponse, puisque notre éducatrice dut couper la vidéo avant. La prévention anti-sida a été faite aussi dans les règles de l'art. Cependant il ne m'est jamais arrivé d'entendre les mots « gay », « homo », « lesbienne », ni même « bi », alors ne pensons même pas à « transsexuel », ou encore « transgenre ». Pour mes questions intérieures, j'ai du me contenter simplement des mots qui fusaient dans les cours de récré : « pédés ». Toute cette désinformation (qui semblerait ne pas être généralisée dans toutes les écoles), me fais ainsi me poser la question qui nous angoissent tous : suis-je normal ?
Les conséquences directes de cette question existentielle sur le petit ado que j'étais devinrent tristement et terriblement banales et quotidiennes. L'homophobie qui m'entourait ne se traduisait pas par des actes de violence, puisque l'homosexualité n'existait même pas. Pourquoi ? Les « valeurs morales ». Là où il y a la peur, il y a sûrement l'ignorance. Et dans cette atmosphère d'appréhension, un individu dans mon cas, plein de questions et ne comprenant pas ce que les autres ne nomment pas, appréhende donc toujours les discriminations dont il pourrait être victime. Alors on essaye d'oublier, et la seule chance qui me fut donnée pour vivre mon homosexualité fut internée. Tout, ou presque, fut bon à prendre : les longs parcours pour trouver un autre exilé de la société (généralement son âge tournait autour des 23 à 40 ans alors que je n'avais que 16 ans). C'était l'unique façon de vivre un cours instant à deux, et entre deux matières. (Eh oui, maman ! je n'allais pas chez une copine travailler !) Ces cours instants, j'en avais terriblement besoin, comme chacun d'entre nous. Mais après eux, la culpabilité de ce besoin de tendresse pourtant tellement normal m'envahissait. Je sortais de ces rencontres furtives en me sentant souillé, sali... Dans ma tête, j'étais seul ! Malgré la présence de l'autre, ce sentiment reste là, effroyable. Je suis devenu la victime de ce cercle vicieux, dont j'étais le commanditaire. J'ai profité d'eux autant qu'ils ont profité de moi. Le courage d'y mettre fin me manquait. Je refusais d'envisager que malgré les terribles sentiments que cette situation éveillait en moi, je m'y complaisais tout de même.Et pourtant un coming-out ne m'aurait pas été plus utile à ce moment là.
Je n'ai pas eu l'opportunité de savoir ce que c'était l'homosexualité, je ne pouvais pas avoir accès à une partie de moi-même. Il aurait été plus simple de se tourner vers une structure de soutient, par exemple...Finalement c'est juste une histoire personnelle. Une histoire d'un homme profondément blessé par une culpabilité présente encore aujourd'hui. Cependant c'est aussi l'histoire d'un homme révolté contre ce manque d'ouverture d'esprit à travers l'inexistence d'information dont beaucoup comme moi en souffrent toujours.C'est pourquoi j'ai décidé de relater mon histoire afin de permettre à beaucoup de se comprendre dans une atmosphère qui ne le permet pas toujours.
Courage !